
Editeur :
Cornélius
Collection
:
Pierre
Date de publication : juin 2005
ISBN : 2-915492-08-5
Prix : 20,00 €
Noir et blanc
|
DUPUY Philippe, Scénariste/Illustrateur |
Dicté par l'urgence et la nécessité d'écrire, Hanté mêle rêve et
réalité pour mieux évoquer l'indiscible.
(Source éditeur).
Pour son premier livre solo, Philippe Dupuy n'a pas fait dans la
demie mesure : 192 pages en noir et blanc, réparties en une dizaine
de nouvelles. Fil directeur entre les histoires, la pratique
quotidienne du jogging par l'auteur, particulièrement propice à la
rêverie : ne dit-on pas que cet effort d'endurance libère dans le
cerveau des substances, naturelles certes, mais proches des
psychotropes ?
L'argument de ce livre n'est pas l'autobiographie, même si Dupuy
s'y représente. Cela étant, on ne pourra s'empêcher de penser qu'il
y a dans la récurrence de certains thèmes quelque chose
d'extrêmement révélateur. Il est frappant de constater qu'un nombre
important d'histoires se rapporte à la mutilation ou au handicap,
plus précisément à la cécité ou, de façon plus marquée encore, à la
perte des mains. Des mutilations apparaissent dans trois chapitres
: d'abord l'histoire (muette comme les grandes douleurs) de ce
chien qui, emprisonné dans un piège à loup, se ronge la patte pour
retrouver la liberté, mais n'y gagne pas un long sursis. Ensuite,
dans ce qui est peut-être le seul passage autobiographique du
livre, Dupuy se souvient que lorsqu'il avait douze ans, il y avait
dans sa classe un garçon né sans mains. Ce dernier se débrouillait
plutôt bien, pourtant le jeune Philippe y voyait le pire handicap
qu'on puisse avoir. Enfin, une histoire animalière revient
également sur ce thème... A bien y penser, on trouve déjà dans
Inventaire avant travaux (le sixième volume de
Monsieur
Jean), une histoire de mutilation : Jean, en proie à une crise
existentielle, imagine qu'il rencontre l'ancien locataire de son
appartement en passant par une faille dans le mur, et se trouve
amputé des deux bras en revenant à son appartement. Le sujet est
donc trop présent pour qu'on n'y voit pas la hantise du dessinateur
(comme suggère le titre) de perdre les mains grâce auxquelles il
exerce son art.
La plupart des histoires de
Hanté sont relativement sombres.
Une exception avec
Vide, qui raconte de façon magistrale
comment un étudiant peintre utilisa les moqueries de son professeur
pour transcender totalement son art et ne plus avoir besoin
d'enseignement.
Le style adopté ici par Philippe Dupuy n'est ni celui de
Dupuy-Berberian, ni celui qu'on a pu lui connaître dans les pages
de
Journal d'un album. Dans
Hanté, Dupuy
s'exprime avec un trait à la fois plus spontané et moins paisible,
un trait réflexe, non prémédité. Détail particulièrement
distinctif, c'est un trait fin et d'épaisseur constante, alors que
celui de Dupuy-Berberian est assez gras et en épaisseurs variables.
Mais l'album surprend avant tout par ses sujets. Il nous laisse sur
l'étonnante impression d'avoir découvert un nouvel auteur.