Date de publication : juillet 2006
ISBN : 2-84999-022-1
Prix : 18,00 €
Noir et blanc
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HANAWA Kazuichi, Scénariste/Illustrateur |
Un dessinateur fasciné par les armes à feu. L'histoire, en plein
Japon médiéval, d'une fillette partagée entre l'affection pour son
père, trop accaparé par son activité de fabricant d'armes et
l'amitié envers une jeune femme qui méprise ses propres parents.
Deux destins qui se répondent, en un va-et-vient constant entre le
Japon médiéval et contemporain, convergent et s'imbriquent
intimement, jusqu'au vertige.
(Source éditeur).
Dans
la prison, paru chez Ego comme x, racontait
l'expérience d'un mangaka condamné à trois ans de prison pour
détention d'armes à feu. Dans ce reportage autobiographique,
Kazuichi Hanawa commentait sa vie carcérale avec une foison
ahurissante de détails, selon une démarche plus proche du
naturaliste rendant compte de ce qu'il découvre sur une terre
inconnue, que celle du raconteur d'histoires soucieux de
divertir son public. Malgré cette austérité, ou peut-être à
cause d'elle, le public japonais et la critique ont réservé un
bon accueil à cet ouvrage.
Dans quelles circonstances Hanawa, collaborateur de la mythique
revue
Garo pendant les années 1970 et 1980, était-il
arrivé en prison ? C'est pour répondre à cette question que son
éditeur lui demanda de produire un nouveau récit. Ce que le mangaka
commença par refuser, estimant que son humiliation et le scandale
avaient été bien assez importants. Malin, l'éditeur lui proposa
alors de romancer son récit, de décaler les points de vue. Protégé
par l'alibi de la fiction, Hanawa pouvait commencer à se livrer,
tout en prenant soin de brouiller les pistes en même temps.
Avant la prison est constitué de deux histoires menées de
front et n'ayant aucun lien apparent entre elles, qui s'imbriquent
sans jamais converger. En premier lieu, c'est un récit à la
première personne où le mangaka évoque sa fascination pour les
armes à feu : ayant trouvé un vieux Colt tout rouillé, il s'acharne
à le restaurer avec patience, précaution, beaucoup de transpiration
et pas mal de travaux de soudure. Ces souvenirs sont régulièrement
interrompus de façon brusque par une fiction : dans le Japon féodal
bouleversé par l'arrivée des armes à feu européennes, la fille d'un
des premiers armuriers chargé de fabriquer les premiers fusils made
in Japan côtoie une demoiselle de bonne famille, suspectée d'être
possédée par l'esprit malin d'un renard.
Canon de beauté...
A la passion jubilatoire de l'auteur, quand il raconte avec mille
détails la restauration de l'arme, s'oppose la fiction où tout
n'est que honte, pratiques expiatoires et références omniprésentes
à la religion. Comme si cette fiction pleine de repentirs devait
compenser le bonheur coupable ressenti par le mangaka à l'évocation
du revolver qui l'a fait condamner. La passion reste la plus forte.
A plusieurs reprises, Hanawa se lance dans des arguments révélant
l'ampleur de son obnubilation fanatique. Sans se soucier du
ridicule, il n'hésite pas, par exemple, à assimiler les courbes
élégantes d'un colt renversé au mont Fuji, dont il prétend
retrouver les angles et l'harmonie... D'autres commentaires quant
au "karma" supposé d'une arme amuseront ou consterneront, de même
que certaines théories fumeuses jusqu'au comique sur l'occultisme
supposé d'Adolf Hitler, dont l'alchimie intérieure lui sortait par
l'oreille droite ("incroyable mais vrai", précise l'auteur).
Nul besoin d'approuver les propos de Hanawa, ni de ressentir la
moindre attirance pour les armes à feu, pour goûter à ce récit. La
virtuosité indéniable des dessins, la narration originale et
l'enthousiasme communicatif de l'auteur réussissent à rendre
passionnants les passages concernant la restauration de l'arme,
racontée comme s'il s'agissait de la reconstitution d'un objet
antique et précieux par un archéologue. Il y a cependant un parfum
d'inachevé dans ce livre, qui se termine en queue de poisson. Aucun
des deux récits ne trouve réellement de chute, peut-être parce que
l'essentiel avait déjà été dit précédemment, comme par exemple dans
cette confession légèrement contestataire (ce qui est inhabituel
chez cet auteur) : « Dans les années 1950, les revues mensuelles de
manga étaient pleines de publicité pour des reproductions [d'armes]
à air comprimé. Ce n'était pas comme aujourd'hui des trucs tirant
des balles en plastique, là ça tirait de vraies balles de plomb. A
l'époque, n'importe qui pouvait en acheter. Maintenant c'est
passible de prison. »