
Editeur :
Cornélius
Collection
:
Solange
Date de publication : mai 2005
ISBN : 2-915492-10-7
Prix : 20,00 €
Noir et blanc
|
BURNS Charles, Scénariste/Illustrateur |
Vertigineuse plongée dans la chair d'une Amérique plus proche de
l'Enfer que du Purgatoire, "Skin Deep" regroupe trois des plus
envoûtantes histoires dessinées par Charles Burns.
Il faut lire ce livre, même si je concède que la couverture n'est
guère attrayante, mais surtout, elle ne rend guère compte de
l'oeuvre...
Fleur de Peau, est constitué de trois histoires, qui
peuvent être lues indépendamment, cependant il est conseillé de les
lire... chronologiquement. Ce n'est pas tant, la compréhension qui
risquerait d'être troublée - le trouble chez Burns, tient lieu
d'oxygène, c'est que chaque histoire commence par l'amorce de la
précédente (soit un personnage, soit un détail), qui permet de
faire un lien. Pour le lecteur néophyte de Burns, ceci est une
excellente introduction à son univers, par strates, paliers
successif.
Fleur de Peau, c'est l'histoire de Dog Boy, Bliss Blister,
John Dough, trois hommes aux destins si singuliers, dans une
Amérique Way of life, plus proche de l'univers de David Lynch, que
de Douglas Sirk ; plus proche de celui de William Burroughs
(d'ailleurs il y a un clin d'oeil à l'auteur, dans l'un des
personnages) que de John Cheever, et enfin plus proche des toiles
de Francis Bacon que de celles d'Edward Hopper.
Fleur de Peau, commence par l'histoire de Dog Boy, un
homme qui est dans l'obligation de se faire greffer un coeur, mais
cette opération à un coût : 30 000 dollars... ce qui le contraint à
trouver un praticien plus accessible, qui lui propose la greffe.
Jusque là tout va bien, après tout, c'est pour cela qu'il est venu
; mais sur le billard il lui révèle, le nom de son donneur qui
n'est autre qu'un chien. L'opération aura, comme vous vous en
doutez, une incidence sur la morne et paisible vie de notre héros,
l'animal en lui va se réveiller. La deuxième histoire, encore plus
étrange, plus fantastique, plus gothique, le rapproche d'Edgar
Allan Poe. Il raconte avec verve la vie et l'oeuvre de Bliss
Blister de son enfance à sa vieillesse. Tout d'abord c'est avec son
père, un évangéliste qui n'a rien à envier aux personnages de
Flannery O'Connor, un bateleur sournois, qui parcourt les petites
villes américaines abusant de la crédulité de braves gens en quête
de miracles... Enfin, le meilleur et pour la fin : un soldat de
retour de la deuxième guerre, retrouve sa fiancée qui devient sa
femme, celle-ci ne retrouva pas l'homme qu'elle a connu. C'est une
histoire tout droit sortie de la quatrième dimension... Charles
Burns, d'album en album s'affirme indéniablement comme un auteur
qui a dépassé son genre, pour être un artiste au confluent des
arts.
On dit de Burns qu'il fait partie de l'école underground
américaine. Il est considéré, à juste titre, comme en étant l'une
des figures de proue. Pour ma part, je ne le situe pas dans ce
courant. Ses scénarii, et surtout son univers graphique moins
introspectif - plus littéraire - en font un auteur que je place
sous l'appellation
CloudyGraphic. Sous ce nom je regroupe
les oeuvres de Burns, de
Daniel
Clowes, et de Mezzo et
Pirus...